La flambée de la mémoire en 6 chiffres
- 2,80 $ → 12 $ : le coût d'1 Go de RAM entre 2025 et 2026, selon des données Morgan Stanley citées par Google (Shakil Barkat, vice-président matériel).
- +400 % : la hausse du prix de la DDR5 grand public par rapport à juillet 2025 ; un kit de 32 Go est passé de moins de 100 € à plus de 400 €.
- +15 à 20 % : la hausse de prix annoncée par Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus sur les PC à partir du second semestre 2026.
- 10 à 20 % : la part de la mémoire dans le coût de fabrication d'un smartphone selon l'IDC — mais « plus de 50 % » du coût matériel selon Carl Pei (Nothing).
- 1er septembre 2026 : entrée en vigueur de la hausse tarifaire « à deux chiffres » annoncée par Qualcomm à ses clients.
- 2027, voire 2030 : l'horizon de sortie de crise selon les industriels de la mémoire eux-mêmes.
Dix jours qui ont acté la hausse pour la rentrée
Le premier signal est venu de Qualcomm. Le 24 juillet, Bloomberg a révélé que le fondeur américain avait adressé un courrier à ses clients pour les informer d'une hausse tarifaire à deux chiffres sur ses puces, applicable dès le 1er septembre, l'entreprise expliquant avoir épuisé sa capacité à absorber les pénuries. La décision ne concerne pas que les smartphones : elle touche aussi les ordinateurs portables sous architecture ARM, de plus en plus présents dans les parcs professionnels. Le second signal est venu de Google, avec une franchise rare dans l'industrie. Interrogé par 9to5Google, Shakil Barkat, vice-président de la division matériel, a décrit une crise inédite : selon les données du cabinet Morgan Stanley qu'il cite, le coût de production d'1 Go de RAM est passé d'environ 2,80 dollars en 2025 à 12 dollars en 2026. Conséquence assumée avant la conférence Made by Google du 12 août : toute la famille Pixel voit ses tarifs ajustés. Les fuites autour des Pixel 11 illustrent l'arbitrage : environ 100 dollars de plus à l'entrée de gamme, un stockage de base porté à 256 Go pour amortir la pilule… mais un Pixel 11 Pro qui perdrait de la mémoire vive, de 16 à 12 Go. Ces deux annonces n'ont rien d'isolé. Dès janvier, un rapport de l'IDC relayé par TechRadar évoquait des scénarios de contraction du marché du smartphone (jusqu'à −5,2 % en 2026) et du PC (jusqu'à −8,9 %), et notait que Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus anticipaient déjà des hausses de 15 à 20 % à partir du second semestre 2026. « La gravité et la durée de la pénurie dépendront de la vitesse à laquelle la capacité de production pourra s'accroître et de l'efficacité avec laquelle la demande sera rééquilibrée entre les différents segments », y résumait Francisco Jeronimo, vice-président Data & Analytics du cabinet. Six mois plus tard, la réponse est connue : ni assez vite, ni assez bien.Pourquoi l'IA assèche les stocks de mémoire
Le mécanisme est simple et brutal. Les accélérateurs d'IA installés dans les data centers ont besoin de mémoire à large bande passante (HBM), bien plus rentable pour les fabricants que la DDR5 vendue aux constructeurs de PC ou de téléphones. Samsung, SK Hynix et Micron ont donc réalloué une partie de leurs lignes de production vers ces composants premium. Résultat : moins d'offre sur le marché grand public et professionnel, et des prix qui s'envolent alors même que la demande, elle, ne baisse pas. Le calendrier de sortie de crise, lui, est franchement mauvais. Selon des propos rapportés par Futura, Kim Jaejune, vice-président exécutif chez Samsung, estime que la pénurie devrait empirer en 2027 ; Chey Tae-won, président du groupe SK — maison mère de SK Hynix — anticipe pour sa part une tension jusqu'en 2030. Des capacités nouvelles sont annoncées, mais une usine de mémoire ne se construit pas en un trimestre : il faut des années avant qu'une ligne supplémentaire produise réellement. Les alternatives chinoises existent, mais se heurtent à des obstacles géopolitiques qui rendent tout calcul de délai hasardeux.Le décryptage des Echos sur la concentration du marché de la mémoire entre trois fabricants.
L'effet boomerang pour les Hauts-de-France
La région est aux premières loges des deux côtés de l'équation. Côté offre, elle accueille l'un des plus gros programmes de data centers du pays : l'investissement annoncé par SoftBank à Dunkerque, Bosquel et Bouchain se chiffre en dizaines de milliards d'euros, avec des retombées en emplois et en formation qui font débat, tout comme la question de l'eau autour du projet Data4 à Cambrai. Côté demande, ce sont des milliers de PME industrielles, logistiques et de services régionales qui achètent chaque année des postes de travail, des serveurs, des terminaux d'atelier et des téléphones. Le débat public régional sur les data centers s'est jusqu'ici concentré sur l'emploi, le foncier, l'électricité et l'eau. La flambée de la mémoire ajoute une quatrième externalité, moins visible et pourtant très concrète : le renchérissement du matériel informatique pour tout le tissu économique local, y compris les entreprises qui ne feront jamais d'IA. Une PME de 50 salariés qui remplace 20 postes verra la ligne « matériel » de son budget grimper mécaniquement, sans qu'aucun choix de sa part n'ait changé. Ce n'est pas un argument contre les data centers — l'attractivité industrielle de la région est réelle, et ces projets s'inscrivent dans une bataille de souveraineté que nous avons documentée à plusieurs reprises. C'est un rappel que le boom de l'IA a des coûts diffus, payés par des acteurs qui ne sont pas ceux qui en captent les bénéfices. Et qu'il vaut mieux les intégrer dans un budget prévisionnel que les découvrir au moment du devis.Ce que ça change concrètement pour une PME de 50 salariés
Premier réflexe utile : arrêter de raisonner en prix constants. Un budget de renouvellement calé sur les tarifs de 2025 est aujourd'hui sous-évalué, et les devis reçus au printemps ne sont pas nécessairement tenables à l'automne. Les fournisseurs raccourcissent leurs durées de validité, et certaines configurations changent en cours de gamme — moins de RAM pour un prix identique est devenu une pratique courante, chez les fabricants de PC comme de téléphones. Deuxième point : la fin de support de Windows 10, longtemps brandie comme couperet pour justifier le renouvellement d'un parc entier, a reculé. Microsoft a annoncé le 25 juin la prolongation d'un an du programme de mises à jour de sécurité étendues (ESU), désormais fixé au 12 octobre 2027. Concrètement, une machine encore fonctionnelle mais incompatible avec Windows 11 n'a pas à être remplacée dans l'urgence en 2026 — sous réserve d'être bien inscrite au programme, et en sachant que celui-ci ne couvre que les failles de sévérité importante à critique. Dans un contexte où le matériel est cher, gagner douze mois de visibilité vaut de l'argent. Troisième piste : le reconditionné et la seconde vie. Le marché professionnel du reconditionné est structuré, avec des garanties, et il devient d'autant plus intéressant que le neuf s'envole. Pour des usages bureautiques simples, une migration vers une distribution Linux prolonge aussi la durée d'usage de machines que Windows 11 refuse. Ces choix ne conviennent pas à tous les métiers, mais ils méritent d'être évalués sérieusement plutôt qu'écartés par habitude.Check-list : 6 décisions à prendre avant la rentrée
- Réviser le budget matériel en intégrant une hausse de 15 à 20 % sur les PC, et davantage sur les configurations gourmandes en mémoire.
- Faire valider la durée de validité des devis en cours et, si possible, verrouiller les commandes avant le 1er septembre.
- Vérifier la fiche technique réelle des modèles proposés : à référence identique, la quantité de RAM a pu baisser.
- Recenser les postes encore sous Windows 10 et les inscrire au programme ESU, qui court désormais jusqu'au 12 octobre 2027.
- Chiffrer une option reconditionné pour les postes bureautiques et les terminaux secondaires, avec garantie professionnelle.
- Réexaminer l'arbitrage cloud / sur site : si le matériel local devient plus cher, l'équation économique de certains serveurs internes change — dans un sens comme dans l'autre.
Acheter maintenant ou attendre ?
C'est la question que tout le monde pose, et la réponse honnête est inconfortable : rien n'indique une accalmie à court terme. Les industriels de la mémoire anticipent une aggravation en 2027, les hausses de Qualcomm entrent en vigueur au 1er septembre, et les nouvelles capacités de production ne produiront pas avant plusieurs années. Attendre pour obtenir un meilleur prix est un pari peu favorable ; attendre parce qu'un matériel fonctionne encore correctement, en revanche, reste parfaitement rationnel. La bonne discipline, pour une direction générale ou un responsable informatique régional, tient en une phrase : distinguer ce qui doit être remplacé de ce qui pourrait l'être. La première catégorie s'achète maintenant, avant les hausses de septembre. La seconde peut attendre — et, grâce au sursis accordé à Windows 10, elle peut attendre plus longtemps qu'on ne le croyait il y a encore quelques mois.Frandroid revient sur les causes de la pénurie et ses effets sur les prix en 2026.
Questions fréquentes
Pourquoi le prix de la RAM augmente-t-il alors que la technologie est mature ?Parce que la demande a changé de nature. Les fabricants privilégient la mémoire à large bande passante destinée aux accélérateurs d'IA, plus rentable, au détriment des barrettes DDR5 grand public. Ce n'est pas un problème technique mais un arbitrage industriel, amplifié par une concentration du marché sur trois acteurs principaux. Mon entreprise n'utilise pas d'IA : suis-je vraiment concerné ?
Oui, et c'est tout le paradoxe. La hausse porte sur un composant présent dans tous les appareils : PC de bureau, portables, serveurs, téléphones, tablettes, terminaux industriels. Une entreprise qui n'a jamais ouvert un outil d'IA paie néanmoins le surcoût provoqué par la construction des infrastructures d'IA. Faut-il repousser le passage à Windows 11 ?
Pas nécessairement, mais l'urgence a disparu. Le programme ESU de Windows 10 court jusqu'au 12 octobre 2027 depuis l'annonce de Microsoft du 25 juin. Cela laisse le temps d'étaler le renouvellement sur deux exercices budgétaires plutôt que de subir un remplacement massif au pire moment du marché. Le reconditionné est-il acceptable pour un usage professionnel ?
Pour de nombreux postes bureautiques, oui, à condition de passer par des acteurs offrant une garantie commerciale, un reconditionnement documenté et un support. Les métiers exigeant de la puissance de calcul, de la mobilité intensive ou des certifications spécifiques restent à traiter en neuf. Les data centers installés en Hauts-de-France sont-ils responsables de cette hausse ?
Aucun site en particulier n'en est la cause : le marché de la mémoire est mondial. Mais les projets régionaux participent, comme tous les autres, à la demande mondiale d'infrastructures d'IA qui tire les prix vers le haut. Le sujet mérite d'être posé dans le débat local, aux côtés de l'emploi, de l'électricité et de l'eau.
Sources
- iGeneration — RAM hors de prix, puces Qualcomm plus chères (27/07/2026)
- Futura — Faut-il acheter avant la rentrée ou attendre ? (09/07/2026)
- TechRadar Pro — Les prix des PC vont exploser en 2026 (rapport IDC)
- IDC — Global memory shortage crisis: market analysis
- Next — Le support de Windows 10 recule d'un an, au 12 octobre 2027 (25/06/2026)
- HOP — Réaction à la prolongation du support de Windows 10
- MacGeneration — SK Hynix ne voit pas la fin de la RAMpocalypse avant 2030
- Tom's Hardware France — Moins de RAM et peut-être plus cher : le Pixel 11