IRIS² en six chiffres
- 348 satellites : 330 en orbite basse (moins de 750 km) et 18 en orbite moyenne, dont une couche de 66 satellites dédiée à la défense et à la sécurité.
- 15,6 milliards d'euros de budget total : 11,6 milliards publics (Commission européenne et ESA), près de 4 milliards apportés par les industriels de SpaceRISE.
- 3,39 milliards d'euros investis par Eutelsat entre 2027 et 2034 (2,23 milliards d'infrastructure partagée, 1,16 milliard d'infrastructure commerciale).
- +60 % de capacité pour les communications gouvernementales de l'UE grâce aux 66 satellites ajoutés.
- 2029 : premiers lancements ; 2030 : premiers services ; mi-2032 : constellation commerciale pleinement opérationnelle.
- Plus de 10 milliards d'euros de revenus attendus par Eutelsat sur la période 2032-2040.
Ce qui a été acté le 7 août — et pourquoi c'est un tournant
IRIS² (Infrastructure de Résilience et d'Interconnexion Sécurisée par Satellites) est piloté par la Commission européenne et l'Agence spatiale européenne, en partenariat avec SpaceRISE, consortium qui réunit trois opérateurs européens : le français Eutelsat, le luxembourgeois SES et l'espagnol HispaSat. Comme le détaille Génération-NT, la répartition des rôles est désormais figée : Eutelsat conduit le segment en orbite basse (LEO), SES prend l'orbite moyenne (MEO) et le développement des terminaux utilisateurs, et HispaSat — filiale du groupe Indra — devient maître d'œuvre du segment sol, un contrat de plus de 1,6 milliard d'euros couvrant antennes, systèmes de contrôle et raccordement aux réseaux. Le programme sort de cette renégociation plus musclé qu'à l'origine : 66 satellites supplémentaires dédiés à la défense, à la sécurité et à la réponse aux crises ont été ajoutés, portant la constellation à 348 engins et augmentant de 60 % la capacité des communications gouvernementales de l'Union. Le budget total dépasse 15,6 milliards d'euros — 11,6 milliards de financements publics, complétés par près de 4 milliards des industriels. Plusieurs États membres ont sécurisé leur place : l'Espagne a annoncé jusqu'à 2 milliards d'euros, la Pologne 656 millions, la Hongrie 500 millions, selon les informations relayées par Boursorama et Génération-NT.Une architecture multi-orbites pensée pour la résilience
Concrètement, la constellation combinera 330 satellites en orbite basse — à moins de 750 kilomètres d'altitude, pour une faible latence — et 18 satellites en orbite moyenne pour la couverture. Le segment LEO piloté par Eutelsat comprendra 264 satellites bi-bande (Mil-Ka et Ku) et 66 satellites Mil-Ka. L'opérateur met en avant une architecture à orbites inclinées, des antennes à formation de faisceaux, la 5G non terrestre (NTN) et des liaisons optiques inter-satellites, qui réduisent la dépendance aux stations au sol. Autre promesse : une nouvelle génération de terminaux « plus petits, plus légers et plus abordables », censée ouvrir le satellite haute performance à une clientèle plus large que les grands comptes. Pour Eutelsat, l'enjeu financier est considérable. L'entreprise investira 2,23 milliards d'euros dans l'infrastructure partagée d'IRIS² et 1,16 milliard dans l'infrastructure commerciale, en échange d'un accès à plus du double de la capacité actuelle de sa constellation OneWeb. Les revenus tirés de cette capacité sont estimés à plus de 10 milliards d'euros sur 2032-2040. Dans l'intervalle, OneWeb sera renforcée et prolongée jusqu'en 2034 : 229 satellites s'ajouteront aux 440 satellites GEN1 déjà commandés, pour environ 1 milliard d'euros — de quoi assurer la continuité de service en attendant que la constellation commerciale Ku d'IRIS² soit pleinement opérationnelle, à la mi-2032. « Atteindre ce jalon est un moment décisif pour Eutelsat et pour les ambitions spatiales de l'Europe. Nous passons désormais de la planification à l'exécution », a déclaré Jean-François Fallacher, directeur général d'Eutelsat, dans le communiqué du 7 août, évoquant une infrastructure « souveraine, sécurisée et résiliente » et un renforcement de « l'autonomie stratégique de l'Europe pour les décennies à venir ».Pourquoi l'Europe veut sa propre constellation
Le contexte est connu : les communications par satellite en orbite basse sont aujourd'hui dominées par des acteurs privés non européens, Starlink en tête. La guerre en Ukraine a montré ce que signifie dépendre de la bonne volonté d'un opérateur étranger pour des communications critiques. IRIS² devient ainsi le troisième pilier de la stratégie spatiale européenne, aux côtés de Copernicus (observation de la Terre) et de Galileo (géolocalisation). C'est le même mouvement de fond que celui qui pousse Bruxelles à financer des gigafactories d'IA européennes : rapatrier sur le continent des infrastructures numériques jugées stratégiques.Et pour les Hauts-de-France ? Fin du cuivre, zones rurales et continuité d'activité
Premier point de contact entre l'espace et le quotidien régional : la fin du réseau cuivre. Orange fermera techniquement, le 31 janvier 2027, les lignes de 2 145 communes du « lot 3 » de son calendrier national d'extinction de l'ADSL. Dans l'Aisne, le comité départemental du numérique recense 24 communes concernées par cette échéance — dont Saint-Quentin et ses 35 827 locaux, l'une des plus grandes villes des Hauts-de-France. Pour les entreprises encore accrochées à l'ADSL, à une ligne fax, à une alarme ou à un terminal de paiement sur cuivre, le compte à rebours est enclenché : la fibre est la voie principale, mais dans les zones où elle tarde, la 4G/5G fixe et le satellite sont officiellement les solutions de repli. Deuxième point de contact : la continuité d'activité. L'année écoulée a rappelé aux PME régionales que leur connectivité repose sur des maillons faillibles — l'incident SFR de juillet en a été un exemple. Un lien satellite de secours, indépendant des réseaux terrestres, est l'assurance la moins chère contre une coupure longue : c'est déjà vrai avec les offres GEO et LEO existantes, et IRIS² ajoutera à partir de 2030 une option européenne, avec des terminaux annoncés comme plus abordables. Pour les activités côtières — armateurs, pêche boulonnaise, logistique portuaire de Dunkerque à Calais —, la connectivité en mer est précisément l'un des marchés visés par les constellations en orbite basse. Troisième point de contact, plus structurel : la région s'est positionnée comme terre d'accueil des grands projets de data centers et des emplois et formations qui vont avec. Une infrastructure de connectivité souveraine complète cet édifice : les données qui transitent par IRIS² resteront sous juridiction européenne, un argument qui compte pour les secteurs réglementés — santé, défense, énergie — présents dans la région. Il faut néanmoins garder le calendrier en tête : IRIS² ne résoudra rien avant 2030. Pour une PME de la Thiérache ou du Vimeu dont l'ADSL s'arrête en janvier 2027, la réponse immédiate s'appelle fibre, boucle radio, 4G/5G fixe ou satellite existant. IRIS² est un horizon — pas une solution de transition.PME : cinq réflexes connectivité à prendre avant 2027
- Vérifiez votre commune sur la carte de fermeture du cuivre d'Orange : si vous êtes au lot 3, vos lignes ADSL s'arrêtent le 31 janvier 2027.
- N'attendez pas l'échéance : la migration vers la fibre (ou une offre radio/satellite en zone non fibrée) se prépare plusieurs mois à l'avance, surtout si votre téléphonie, votre alarme ou vos terminaux de paiement passent encore par le cuivre.
- Prévoyez un lien de secours distinct de votre accès principal (4G/5G ou satellite) : une panne ou un incident chez votre opérateur ne doit pas arrêter la production.
- Comparez dès maintenant les offres satellite professionnelles existantes (GEO type Konnect, LEO type OneWeb ou Starlink) : prix, latence, débit garanti, engagement.
- Gardez IRIS² à l'horizon 2030 pour les usages critiques : continuité d'activité, sites isolés, exigences de souveraineté sur les données qui transitent.
Ce qu'il faut surveiller d'ici 2030
Trois jalons méritent d'être suivis depuis la région. D'abord le rythme industriel : la fabrication démarre « immédiatement », selon Eutelsat, et le respect du calendrier 2029-2030 dira si l'Europe sait tenir un programme spatial de cette ampleur dans les délais. Ensuite les terminaux : la promesse d'équipements plus petits et moins chers conditionne l'accès des PME et des collectivités au service. Enfin le modèle commercial : les prix du segment Ku face à Starlink — dont l'offre professionnelle est déjà installée sur le marché français — détermineront si la souveraineté trouve un débouché économique au-delà des clients étatiques. Le capex d'Eutelsat reste inchangé jusqu'à l'exercice 2029, précise l'opérateur, ce qui sera scruté par les marchés à chaque publication.Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'IRIS² exactement ?
IRIS² est la future constellation européenne de communications sécurisées : 348 satellites multi-orbites financés par un partenariat public-privé de 15,6 milliards d'euros entre l'Union européenne, l'ESA et le consortium SpaceRISE (Eutelsat, SES, HispaSat). Elle fournira des communications gouvernementales chiffrées et, via un segment commercial, de la connectivité pour les entreprises, la mobilité et les zones mal couvertes. C'est le troisième pilier spatial européen après Copernicus et Galileo.Quand les services seront-ils disponibles ?
Les premiers lancements sont prévus en 2029, les premiers services opérationnels en 2030, et la constellation commerciale en bande Ku sera pleinement opérationnelle à la mi-2032. D'ici là, Eutelsat prolonge et renforce sa constellation OneWeb (229 satellites supplémentaires) pour assurer la continuité.IRIS² va-t-il remplacer la fibre ou la 5G dans les Hauts-de-France ?
Non. Le satellite reste un complément : il couvre les zones où la fibre n'arrive pas ou tard, sert de lien de secours en cas de panne des réseaux terrestres, et connecte les usages mobiles ou maritimes. Pour un site fixe en zone fibrée, la fibre demeure plus performante et moins chère.Quel rapport avec la fin du réseau cuivre en 2027 ?
Le 31 janvier 2027, Orange ferme techniquement le cuivre dans 2 145 communes du lot 3, dont 24 dans l'Aisne — parmi lesquelles Saint-Quentin (35 827 locaux). Les entreprises concernées doivent migrer avant cette date. En zone non fibrée, le satellite fait partie des alternatives officielles, dès aujourd'hui avec les offres existantes ; IRIS² élargira ce choix à partir de 2030 avec une option souveraine européenne.Une PME pourra-t-elle utiliser IRIS² directement ?
Oui, à terme, via le segment commercial opéré par Eutelsat et les opérateurs qui achèteront de la capacité. L'accessibilité dépendra du prix des terminaux — annoncés plus compacts et plus abordables que la génération actuelle — et des offres de gros. Les usages les plus probables pour une PME régionale : lien de secours, sites isolés, chantiers, mobilité et maritime.Sources
- Eutelsat, communiqué de presse, 7 août 2026
- Génération-NT, « IRIS² : la constellation européenne passe enfin au déploiement à grande échelle », 7 août 2026
- Boursorama, « IRIS² entre dans sa phase d'exécution », 7 août 2026
- Orange, calendrier de fermeture du réseau cuivre
- Conseil départemental de l'Aisne, Comité départemental du numérique, support de réunion (fermeture du cuivre, lots 1 à 3)